Un essai du Gilera Fuoco 500cc, le trois roues le plus puissant de la gamme, ne se refuse pas et c’est même avec plaisir que nous le faisons.
Gilera, la marque sportive du groupe Piaggio, en se penchant sur le concept trois roues en a fait un EGM : Engin Génétiquement Modifié. Sur la même base technique que le consensuel et lisee Mp3, Gilera l’a revêtu d’un accastillage de baroudeur digne du rallye Paris-Dakar.
De face, avec ses feux qui surmontent un pare-chocs qui évoque le pare-buffle, composé de tubes et de grilles apparentes, on se dit que le Fuoco ne fait pas dans le tendre. Cette impression est renforcée par deux bandes de plastique qui viennent les protéger. Les petits clignotants semblent avoir été ajoutés in extremis par le bureau de design qui les avait certainement oublié lors de la conception. En dessous, les feux de route lenticulaires semblent tapis et prêts à vous en mettre plein la vue.
Enfin, les deux roues qui viennent de part et d’autre, juste dans l’alignement de la carrosserie semblent bien petites et frêles par rapport au reste mais n’enlèvent rien à l’impression générale de robustesse.
De l’arrière, les feux sont concentrés sur deux points ronds que surmonte un catadioptre. Là aussi, les clignotants semblent avoir fait l’objet d’une greffe de dernier instant.
L’ensemble évoque les pistes, le massif mais il y a néanmoins une harmonie et une finesse qui se dégagent du Fuoco. Le coup de crayon du bureau Design est remarquable.
Mais par rapport au Mp3, il n’y a pas que l’habillage qui a changé. En grand chirurgien, Gilera a greffé au Fuoco le cœur du Satelis 500cc. C’est en effet, le moteur Master qui a été repris mais avec quelques modifications. Double allumage, 100cc de plus que le 400cc, suspensions raffermies, saute vent symbolique. Il ne reste qu’à mettre le contact.
On hésite entre la conduite et le pilotage, sur le Fuoco.
Au tableau de bord, les cadrans, la fenêtre de l’ordinateur de bord, nous sont familiers. L’uniformisation chez Piaggio a le mérite de ne pas dépayser l’utilisateur d’une machine à l’autre mais a l’inconvénient de gommer tout caractère aux différentes machines au risque de les banaliser. Deux gros compteurs, vitesse et compte tours séparés par une fenêtre digitale indiquant la température moteur par segments, l’heure, la température extérieure avec indicateur de gel, deux trips partiels, un totalisateur. C’est le strict minimum. Certain scooters sont moins richement dotés mais Piaggio nous a habitué à mieux de ce point de vue.
En dessous des compteurs, toute une batterie de voyant dont le fameux voyant jaune qui indique si le système Roll Lock est activable ou non par son clignotement. Ce système permet de bloquer le Fuoco quand il est en dessous de 25km/h dans la position où il se trouve. Pour le débloquer, rien de plus simple. Une pichenette du pouce sur le bouton droit, comme le clignotant, deux bips pour vous prévenir, et le Fuoco est débloqué. Un voyant de frein de parking complète la tableau, pour signaler que celui-ci est mis.
La position de conduite est très naturelle. Le guidon n’est ni trop près ni trop loin et les commandes tombent naturellement sous la main. Il n’y a que la position des rétroviseurs qu sont un peu étroits et très proches du conducteur-pilote.
Sur le Fuoco, la position pieds en avant n’existe pas. Il faut donc conduire en position assise ce qui peut être fatigant sur long parcours. De même, les repose pieds passager font que les pieds du passager viennent buter contre le mollet du pilote. Mais il est temps de prendre la route.
A basse vitesse, en dessous de 20km/h, le train avant vous rappelle sa présence. Il ne faut pas hésiter à tourner le guidon pour manœuvrer. Et même en le tournant, on sent la différence par rapport à un scooter traditionnel. Rien de dramatique mais c’est comme si vous passiez d’une voiture à assistance de direction à une voiture sans. Il y a comme un poids !
Dès que cette vitesse est franchie ou dès qu’il roule, le Fuoco se montre étonnamment agile, pour son gabarit. Les demi tours peuvent même s’effectuer au ralenti, sans perte d’équilibre, là où avec un scooter traditionnel, il aurait fallu mettre le pied à terre. Les repères habituels sont tous à revoir. Nous nous sommes fait ainsi piégés par une accélération trop forte pendant un demi tour à faible allure. Le couple qui arrive est tel que l’arrière poussait en ligne droite alors que les roues étaient encore en angle. Sentiment inconnu sur un scooter jusqu’à présent.
De même, malgré son gabarit, le Fuoco passe à peu près partout pour se faufiler. Les rétros montés sur le guidon contribuent à diminuer la largeur hors tout.
Mais le plus bluffant, c’est qu’au niveau du guidon les sensations sont totalement différentes. Les pavés, les lignages de la route sont gommés par les doubles roues. Pour reprendre une publicité pour une voiture, on est comme sur un nuage. Et là, où sur un scooter « normal », on ressent la moindre anfractuosité, la moindre bande blanche, avec le Fuoco, on passe sans rien ressentir. A la conduite de ce scooter, on ressent un sentiment de sécurité, de sérénité, inconnus jusqu’à présent. Zen et impressionnant !
Le mono Master émet un son grave. Certains parlent même de tracteur mais ce son n’est pas désagréable du tout. Mais de toute façon, on ne l’entend pas en roulant. Le saute vent est tellement petit qu’il ne sert que... la ligne mais pas du tout à protéger le pilote. Caque fermé obligatoire par temps sec. Par temps de pluie, il faudra faire avec...
Le Fuoco prend sa revanche quand il s’agit de virer. Avec une prise d’angle possible de 40°, il passe encore mieux qu’un scooter traditionnel. On aurait pu croire qu’il ne peut prendre que des grandes courbes mais là aussi, il faudra s’y faire. Les courbes grandes, les courbes serrées, le Fuoco sait y faire et peut presque tout se permettre. Presque parce qu’il ne faut pas oublier que le Fuoco n’est qu’un deux roues, même s’il en a trois, et que comme tout deux roues et tout véhicule, il obéit aux lois de la physique et la force centrifuge a vite fait de vous amener sur l’extérieur de la courbe. Attention, donc, à ce sentiment de confiance qui peut fausser notre jugement.
Hormis cette réserve, la conduite du Fuoco est un véritable amusement et un véritable plaisir. Plus besoin de scruter la route pour localiser des nids de poule, des traces d’humidité, d’huile et même de gravier. Il faut bien sur y faire attention mais il n’y a plus la même acuité qu’avec un scooter traditionnel qui réclame une attention de tous les instants. Et il est alors possible de se consacrer au plaisir de conduite-pilotage.
Car le Fuoco n’est pas avare de sensations. Il accélère fort. Et avec le pare brise court, extra court, la sensation est décuplée. Partageant le même moteur que le Satelis 500, il en a les mêmes caractéristiques. Une poussée continue et forte dès 5 000 t/mn, qui en laisse plus d’un dans les rétros. Allié à son efficacité, le Fuoco est un redoutable sprinter, tous terrains que ce soit en ville ou sur route.
Sprinter car il manque au Fuoco quelque 10-20 km/h pour en faire un bon coureur de fond. En effet, le poids général ainsi que son aérodynamique particulière pénalisent la Vmax. Sans être une tortue, le Fuoco plafonne à 150km/h. Il lui manque cette petite allonge qui lui permettrait de repartir et de se sortir d’une situation difficile ou doubler en toute quiétude. Le tout pour une consommation de l’ordre d’un demi litre de plus que le Satelis. Un bilan énergétique pas très favorable donc.
Dommage car même en 500cc, nous n’arrivons pas à percevoir les limites du concept trois roues tant le tout est équilibré. Et on se prend à rêver d’un Fuoco doté du moteur du Gp 800 ! Le Fuoco de l’efficacité et de la performance.
Sur ce point, le Fuoco est impérial aussi. En étant en appui sur ses deux roues avant, le freinage est d’une efficacité redoutable. Pas de blocage de roues mais un freinage puissant et étonnamment rassurant, justement par cette absence de blocage de roues, synonymes de chute sur un scooter traditionnel. Une fois passée l’appréhension de la chute, c’est sans complexe qu’on saisit la poignée de frein.
La sensation à la poignée n’est pas celle d’un freinage mordant, on pourrait même parler d’un freinage quelconque. Pourtant, le résultat est là. Et il faut bien tendre les bras pour ne pas se retrouver dans le pare brise, lors des freinages appuyés.
Les détails qui nous ont agacés
La selle sans vérin. Il faut la coincer contre le guidon pour qu’elle tienne. A ce prix de vente, c’est de la pure mesquinerie.
Le tableau de bord, quelconque et sans personnalité par rapport à la ligne du scooter.
Le bouton de défilement des informations de l’ordinateur de bord. Piaggio a repris les commodos des autres scooters.
La taille du pare brise. Il ne protège rien, sauf peut-être les compteurs.
Le poids à basse vitesse sur le train avant et d’une façon générale qui pénalise les performances.
La béquille centrale qui frotte souvent.
Les détails que nous avons aimés
La ligne. Elle tranche par rapport aux autres scooters.
La tenue de route. Extraordinaire de précision et de filtrage.
La puissance des accélérations, malgré le poids.
Le freinage. Puissant et dosable, sans électronique.
L’agrément de conduite, et le confort. Qui apporte un sentiment de sérénité.
Le système Roll Lock de blocage du scooter qui peut apparaître comme un gadget mais qui est bien utile.
Le frein de parking qui commence à venir sur les scooters Européens.
Les sécurités pour le démarrage pour les distraits.
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