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Scooters et motos : la remontée de files en questions

vendredi 6 juillet 2012 , par Ben

La remontée de files fait l’objet de nombreuses attentions ces derniers temps. Que ce soit dernièrement avec Damien MESLOT ou actuellement avec la commission mise en place sur la question avec à sa tête le préfet GUYOT.

L’ASF fait le point.

Interdit mais toléré

La remontée de files est également appelée interfile. La distinction entre les deux termes se fait par rapport aux axes sur lesquels elle se pratique. Véritable serpent de mer, cette question de remontée de files existe et se pose depuis plus d’une dizaine d’années.

Quoiqu’il en soit, la remontée de fille ou interfile est purement et simplement interdite par le code de la route. D’ailleurs, le terme même de « remontée de files » n’existe pas dans le code. Quand celui-ci parle de dépassement par la droite, c’est pour l’interdire. L’article R414-6, décret nº 2003-293 du 31 mars 2003 art. 2 VI, Journal Officiel du 1er avril 2003, est clair sur le sujet :

I. - Les dépassements s’effectuent à gauche.
II. - Par exception à cette règle, tout conducteur doit dépasser par la droite :
1º Un véhicule dont le conducteur a signalé qu’il se disposait à changer de direction vers la gauche ;
2º Un véhicule qui circule sur une voie ferrée empruntant la chaussée lorsque l’intervalle existant entre ce véhicule et le bord de la chaussée est suffisant ; toutefois, dans ce dernier cas, le dépassement peut s’effectuer à gauche sur les routes où la circulation est à sens unique ou sur les autres routes lorsque le dépassement laisse libre toute la moitié gauche de la chaussée.
III. - Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.
IV. - Tout conducteur coupable de l’infraction prévue au présent article encourt également la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, pour une durée de trois ans au plus, cette suspension pouvant être limitée à la conduite en dehors de l’activité professionnelle.
V. - Le fait de contrevenir aux dispositions du présent article donne lieu de plein droit à la réduction de trois points du permis de conduire.

et par exception, quand le code de la route évoque un dépassement par la droite, cf l’article R414-15 :

Lorsque, sur les routes à sens unique et sur les routes à plus de deux voies, la circulation s’est, en raison de sa densité, établie en file ininterrompue sur toutes les voies, le fait que les véhicules d’une file circulent plus vite que les véhicules d’une autre file n’est pas considéré comme un dépassement.

c’est pour finalement dire que ce n’est pas un dépassement... à condition toutefois que la circulation soit dense.

Le code de la route n’autorisant pas le dépassement par la droite, cela signifie que nombre de deux roues sont dans la totale illégalité quand ils remontent les files.

Cependant, force est de constater qu’elle est largement répandue. Devant le phénomène, les forces de l’ordre se montrent tolérantes. Mais tolérance ne veut pas dire légalisation. Certaines brigades motorisées utilisaient la pratique de l’étau pour enfermer un groupe de deux roues et les verbaliser ensuite. Heureusement cette pratique des forces de l’ordre est marginale et tend à disparaitre.

Où ?

La remontée de files n’a de sens qu’aux abords des villes et des agglomérations à forte densité de trafic. En rase campagne, elle ne présente aucun intérêt pour le deux roues.

C’est donc dans des agglomérations comme Paris, Lyon ou Marseille, pour prendre un axe nord-sud, que la pratique de la remontée de files trouve sa justification. Il faut noter que, si à Paris, sur les axes rapides, la remontée de files se pratique entre les deux voies les plus à gauche, à Lyon et à Marseille, elle se pratique sur la bande d’arrêt d’urgence.

En ville, il faut plus parler de faufilement que de remontée de files à proprement parler. Les axes peuvent être larges ou étroits, plus ou moins dégagés. Sur les voies étroites, il n’y a pas vraiment de zone de roulage spécifique, les deux roues empruntent l’espace disponible dans sa totalité. Cela peut donner une impression d’anarchie, vu de l’extérieur, mais le critère déterminant est la circulation. Et heureusement que les automobilistes sont compréhensifs et dégagent de l’espace quand ils le peuvent.

Pourtant, cette compréhension est variable selon les automobilistes et en ville, le dégagement d’un côté pour laisser passer un deux roues peut constituer une gêne pour un autre, de l’autre côté. La règle de la circulation en ville pour les deux roues confine parfois au chacun pour soi. Cela est d’autant plus vrai que la circulation se densifie.

Quand ?

La remontée de files ne se pratique qu’à certaines heures, ce sont les heures de pics de trafic. Comme pour la circulation en rase campagne, l’interfile sur axes dégagée et fluides ne se justifie pas.

C’est parce que la circulation est dense et saturée que le deux roues va chercher une zone de roulage où :

  • il sera vu par les autres usagers
  • ne sera pas noyé dans un flot de véhicules
  • les interdistances de sécurité diminuées en circulation dense ne joueront pas contre lui.

Ce n’est donc pas une fin en soi.

Les pics de trafic existent non seulement aux horaires de bureau mais lors des grandes migrations que ce soit aux départs ou aux retours de week-end ou lors des chassés-croisés des juilletistes et des aoûtiens.

Comment ?

Une fois cette zone de sécurité définie, bande d’arrêt d’urgence ou entre les voies les plus à gauche, il faut trouver un mode de roulage qui ne mette personne en danger, que ce soit les deux roues eux-mêmes ou les autres usagers de la route.

A Paris, les convois ou cortèges de deux roues sont impressionnants par leur longueur et le nombre de deux roues. L’espace étant réduit, il est rare qu’un deux roues double un autre deux roues sur cette voie virtuelle. A Lyon et Marseille, sur les bandes d’arrêt d’urgence, les plus lents se serrent à droite pour laisser passer les plus rapides sur la gauche. Du coup sur Paris, si un novice s’intercale dans le convoi, il va vite sentir la « poussée » des suivants, s’il ralentit le rythme de la colonne. Il lui faudra trouver rapidement un espace où se ranger en attendant que la caravane passe...

Ces codes de bonne conduite, dans tous les sens du terme, ne figurent nulle part et pour cause. Etant interdite, la remontée de files ne fait l’objet d’aucune littérature, officiellement. C’est l’usage et la pratique qui permettent d’acquérir cette connaissance malheureusement complètement heuristique.

A Paris, les autres usagers, autant par respect que par crainte des représailles, ont pris l’habitude de laisser un espace disponible aux deux roues, en se serrant à gauche pour la voie la plus à gauche et sur la droite pour l’autre voie.

Certains usagers deux roues lors de la remontée de files utilisent les warning, le klaxon et les appels de phare à titre préventif. Une telle pratique entraîne une ambiguïté. Comment en effet distinguer un véritable danger signalé par un coup de klaxon ou un appel de phare de celui de la remontée de files ?

Pourquoi ?

Il a été dit parfois que la remontée de files permettait de gagner du temps. Plutôt que « gain de temps », nous préférons dire que la remontée de files permet une maîtrise du temps.

Si en voiture, les déplacements aux heures de pointe peuvent se compter en heures avec une marge de sécurité raisonnable qui se compte également en heures, en deux roues, vous pouvez estimer la marge de sécurité en minutes. Ce qui est appréciable, d’autant que vous avez un temps de porte à porte. Avec l’auto, il faut compter le temps de chercher une place.

De plus, en terme d’environnement, cette maîtrise du temps permet une moindre pollution. Une étude de l’ADEME de 2007 met ainsi en évidence la pollution des deux roues par rapport à celle des voitures. A cette date, les effets néfastes des particules fines dégagées par les moteurs diésel n’étaient pas encore connus.

ll ne faut pas non plus oublier que plus il y aura de deux roues sur les routes, moins il y aura de quatre roues et moins il y aura d’embouteillages. La récente légalisation de la remontée de files en Belgique a permis une fluidification du trafic de l’ordre de 10%.

Vitesse

Il y a deux notions de vitesse en interfile : la vitesse relative et la vitesse absolue.

La vitesse relative est celle du deux roues par rapport aux autres véhicules et dans ce cas, la vitesse relative sert à mettre en évidence le différentiel de vitesse entre le deux roues et les autres véhicules ou par rapport au flot de circulation. La vitesse absolue mesure la vitesse tout simplement.

Ces deux notions sont importantes car un 40km/h à deux roues n’aura pas la même signification quand les files de voitures sont à l’arrêt ou quand elles roulent à 50 km/h.

La Belgique a ainsi instauré un différentiel de 20km/h entre le deux roues et les voitures dans le cas de circulation congestionnée.

Pour la France, étant donné que la remontée de files est interdite, il n’y a aucune « préconisation » dans le code de la route.

Nous ne pouvons que conseiller aux conducteurs d’adopter une vitesse « adaptée » et de maintenir les interdistances, même entre deux roues. Ceux-ci ne sont pas tous égaux devant le freinage.

Conclusion

La remontée de files ou interfiles est une pratique courante autour et dans les grandes agglomérations. Tolérée mais non autorisée, elle n’en a pas moins ses règles qui évitent nombre d’accidents.

A l’heure où les réflexions sur la sécurité routière envisagent une légalisation de cette pratique, il ne faudrait pas que les pouvoirs publics reviennent en arrière en l’interdisant purement et simplement.

Il faut au contraire aller de l’avant.

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